Numéro 2
The missing dimension of Impact
Vos réactions au premier numéro de cette newsletter m’ont pris de court ! J’ai écrit des articles par le passé, mais je n’avais jamais reçu un tel accueil. Au-delà des 347 abonnés, j’ai été touché par le nombre d’entre vous qui m’avez contacté directement. Aujourd’hui, j’aimerais me pencher sur « l’orthogonalité de l’impact ».
Le triptyque « risque-rendement-impact » a notamment été popularisé par Sir Ronald Cohen. En tant que président du Global Steering Group for Impact Investment et cofondateur d’Apax Partners, l’une des sociétés de capital-investissement les plus performantes au monde, sa voix en faveur de l’investissement à impact compte. Et son livre « Impact : Reshaping capitalism to drive real change » mérite assurément votre attention si vous ne l’avez pas encore lu.
Cette vision simplifiée est très efficace pour susciter l’intérêt envers le secteur et encourager le passage à l’action, mais elle peut s’avérer trompeuse dans la pratique.
Je lis par exemple de plus en plus d’articles qui mobilisent ce triptyque pour situer l’impact et aborder des sujets connexes, comme un article récent de la « Revue Banque » sur les conséquences pour la comptabilité. Je comprends l’intérêt pratique de ce raccourci, mais nous devons rester vigilants sur notre définition du « risque » si nous voulons mesurer les bonnes choses.
Pratiquement toute la gamme des instruments financiers peut être utilisée pour investir à impact. Un fonds de capital-risque pourrait acheter des parts d’une entreprise développant des solutions de distribution d’énergie propre en Afrique rurale. Un investisseur en obligations à impact social pourrait financer un programme de réinsertion dans lequel l’État récompenserait l’entreprise pour le nombre de bénéficiaires ayant retrouvé un emploi au bout de six mois. Un philanthrope pourrait faire un don pour financer des projets sociaux. Dans chacun de ces exemples, l’investisseur recherche à la fois un impact et un rendement financier. Ce dernier sera très risqué pour l’investisseur en capital-risque, un peu moins risqué pour le porteur d’obligations, et certain pour le philanthrope qui a fait son don. Ce risque de rendement financier est celui que les investisseurs connaissent bien et savent gérer. C’est le « risque » du diptyque « risque-rendement ».
Mais il existe un autre risque : celui de ne pas atteindre l’impact visé. Que se passerait-il si les bénéficiaires ayant retrouvé un emploi, dans notre exemple précédent, n’arrivaient pas à le conserver ? Le programme de réinsertion ne serait alors pas un tel succès… Chercher à avoir un impact est toujours complexe, et l’incertitude en est la règle.
Le piège, c’est que le risque de ne pas atteindre le rendement financier attendu n’est pas la même chose que l’incertitude de ne pas atteindre l’impact visé. Ce sont deux risques différents, qu’il faut considérer séparément.
Ces risques sont de nature différente et ne peuvent pas être modélisés de la même façon. Le risque financier est souvent modélisé comme une courbe en cloche, ou « loi normale » : nous avons de bonnes chances d’atteindre un rendement financier proche de nos attentes, et davantage de chances d’en être proche que d’en être éloigné. Avec l’impact, les situations sont le plus souvent uniques et non linéaires. Cela signifie que l’impact sera atteint ou non : la forêt tropicale que nous cherchons à protéger aura été sauvée ou aura brûlé ; la communauté rurale qui a besoin d’accéder à l’eau potable y aura accès, ou pas.
Par ailleurs, l’argent est fongible : on peut gagner un peu plus sur un projet et un peu moins sur un autre, le gain global restera le même. Ce n’est pas le cas avec l’impact ! Créer des emplois dans un projet et détruire des forêts tropicales dans un autre ne comptera pas comme un succès.
Pour ces raisons, nous devons garder le risque financier et l’incertitude d’impact bien distincts. Et le triptyque devient une paire de diptyques : risque et rendement financiers & attente et incertitude d’impact.
Considérer ces deux dimensions séparément, c’est ce que certains appellent « l’orthogonalité de l’impact ». Cela signifie que les deux dimensions sont indépendantes, au sens mathématique du terme. Ce qui, bien sûr, n’est pas tout à fait exact. Les deux dimensions peuvent être liées, soit contractuellement, comme pour l’obligation à impact social, soit dans la pratique, comme pour le projet d’électrification rurale qui se développera et connectera davantage de personnes à mesure qu’il deviendra rentable. Il n’en reste pas moins que considérer séparément le risque financier et l’incertitude d’impact permettra de mieux gérer les deux, et de maximiser à la fois le rendement financier et l’impact.
Comme toujours, cette lettre se veut le point de départ d’une discussion ouverte. Alors n’hésitez pas à partager vos commentaires, idées ou questions !
Comme toujours, cette lettre, initialement publiée sur LinkedIn, a vocation à ouvrir une discussion : rejoignez-la ici.
Lenny Kessler