whyo
FREN

← Toutes les lettres

Happy Sherpas podcast cover, with Christian Bruère

Numéro 22

Circular Programmed Sustainability with Christian Bruère

23 novembre 2025

Je suis heureux d’annoncer la sortie du deuxième épisode de notre podcast, Happy Sherpas, que je coanime avec Virginie Vitiello. Dans cet épisode, nous avons eu le plaisir d’accueillir Christian Bruère, entrepreneur français et industriel visionnaire, cofondateur de Mob-ion. Christian s’est donné pour mission de réinventer la mobilité électrique par la conception circulaire et la fabrication locale.

Le recyclage est un aveu d’échec de conception

Christian partage sa philosophie de la Circular Program Sustainability, qui redéfinit la logique industrielle au delà de l’obsolescence programmée. Avant le recyclage, il existe bien d’autres « re- » à explorer et à intégrer dès la conception d’un produit : réemploi, refabrication, réparation, réaffectation, reconditionnement, etc. Comme le dit Christian,

La durabilité commence à la planche à dessin, pas à la poubelle.

Ce que je trouve extraordinaire, c’est que cette philosophie de conception part aussi de l’usager : comment et où le produit sera-t-il utilisé, à quelle fréquence, dans quelles conditions, etc. Cela peut sembler naturel, mais les contraintes industrielles et la sur-optimisation des coûts jouent souvent, elles aussi, un rôle important dans la conception. Or, déplacer l’objectif vers la maximisation de la satisfaction client sur toute la durée de vie d’un produit oblige à intégrer le coût total de possession.

J’évoquais dans une précédente lettre que les objets de luxe étaient souvent plus écologiques, et moins chers sur la durée, simplement parce qu’ils sont le plus souvent réparables. Qu’on achète une valise CHAPOGET faite pour durer toute une vie, ou qu’on loue un scooter Mob-ion qui ne demandera qu’un entretien minimal (intégré au prix de la location), les économies de long terme sont bien réelles.

Mais surtout, nous économisons collectivement des ressources ! Et comme notre planète est unique et ses ressources limitées, nous en économisons probablement bien plus encore sur le long terme, même si cela reste rarement bien valorisé dans les prix.

Contribuer à une économie résiliente

Les modèles économiques circulaires transforment aussi les écosystèmes sociaux et industriels. Chez Mob-ion, les véhicules retournés sont démontés, réparés et reconditionnés localement. Cela crée des emplois précieux dans une économie qui souffre encore d’un chômage élevé. Mob-ion s’appuie sur des écoles et des structures de travail adapté, et construit de nouveaux parcours professionnels autour de la réparation et du reconditionnement. Christian décrit cela comme une renaissance industrielle : un modèle circulaire, coopératif et local, qui valorise le travail humain et les territoires.

Ce changement est autant culturel qu’économique.

Et oui, les emplois locaux coûtent souvent plus cher. Mais une conception intelligente compense largement, en rendant les produits faciles à démonter et à remonter. L’analyse du cycle de vie de Mob-ion montre une réduction de 87 % de l’impact environnemental par rapport aux véhicules conventionnels ! Et j’ai trouvé amusant d’entendre Christian se plaindre des colles dans les moteurs, tout comme nous (chez Chapoget) nous plaignons de la colle dans les valises.

Globalement, concevoir en pensant au coût total de possession revient à faire coûter un produit moins cher sur la durée. On sent alors intuitivement qu’il crée plus de valeur qu’un produit jetable. Comme le dit Christian, jeter et brûler des matériaux ne peut pas être économiquement efficace.

La question devient alors celle du modèle économique : comment l’entreprise peut-elle capter assez de la valeur créée pour être rentable. Mob-ion a choisi la location pour partager le bénéfice du faible coût d’entretien qu’elle avait conçu. Les marques de luxe, elles, créent assez de valeur émotionnelle pour justifier un prix initial rentable.

Le défi du financement des modèles de longévité

À la notable exception des fonds d’infrastructure, le financement traditionnel est conçu pour des cycles courts et ne correspond pas aux besoins des modèles économiques circulaires. Comme le dit Christian :

Si les banques ne proposent que des prêts de 24 ou 36 mois, alors que le produit est conçu pour durer 20 à 30 ans, le remboursement court terme tue la rentabilité.

J’ajouterais que, malheureusement, la plupart des investisseurs en capital adoptent eux aussi cette vision court-termiste et retiennent des horizons d’investissement similaires.

Christian plaide pour une nouvelle approche comptable qui traiterait les composants stratégiques (cuivre, aimants, acier inoxydable) comme des actifs patrimoniaux plutôt que des actifs amortissables. Cela reviendrait à ce que, plutôt que d’amortir ces composants dans les comptes de l’entreprise, ils conservent leur valeur, comme un terrain. Après tout, ils survivront à l’entreprise !

En Europe plus encore qu’ailleurs, où nos ressources naturelles sont limitées, les banques publiques et les investisseurs à impact pourraient jouer un rôle déterminant dans le soutien à ces modèles, par exemple en garantissant des fonds dédiés aux composants pérennes.

Après tout, ces modèles sont rentables dès aujourd’hui, malgré un financement relativement limité. Ils naissent parfois d’une volonté de construire des entreprises respectueuses de l’environnement, mais peuvent tout autant résulter d’une recherche de rentabilité maximale, comme Mob-ion l’a fait pour capter la valeur de ses économies.

Concevoir l’avenir

En écoutant Christian, on se rappelle que l’avenir est quelque chose qui se conçoit, et non qui se prédit. La Circular Program Sustainability démontre que rentabilité, impact écologique et valeur sociale vont de pair dès lors que les produits sont conçus pour durer.

Écoutez cet épisode de Happy Sherpas sur Apple Podcasts, Spotify ou YouTube.

Comme toujours, cette lettre, initialement publiée sur LinkedIn, a vocation à ouvrir une discussion : rejoignez-la ici.

Lenny Kessler